Pourquoi épargner sans objectif change votre rapport à l’argent

Épargner sans but précis, c’est accepter que son argent s’endorme, ou au contraire, c’est se donner la liberté de choisir sans pression. En France, la prudence règne : la majorité mise sur la sécurité, quitte à sacrifier la performance. Livrets défiscalisés, placements garantis, la peur du risque guide les choix, même quand les rendements s’effritent. Faut-il s’en accommoder ou changer d’approche ?

Le décor est planté : aujourd’hui, placer son argent en toute sécurité n’a rien d’évident. Les placements traditionnels affichent des taux d’intérêt, notamment sur les livrets, qui peinent à compenser l’inflation, en 2018, celle-ci atteignait 1,8 %. Face à ce casse-tête, le choix du support dépend, plus que jamais, de la somme à investir et des limites propres à chaque épargnant. Voici un panorama des solutions accessibles.

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Économiser sans risque : panorama des solutions

Les livrets réglementés : la simplicité avant tout

Les classiques Livret A, LDD, livret jeune et LEP (livret d’épargne populaire) restent des refuges familiers. Leur force ? Simplicité d’utilisation, disponibilité immédiate des fonds, sécurité totale. En pratique, un transfert depuis son compte courant, souvent instantané si les comptes sont domiciliés dans la même banque, suffit à alimenter l’épargne. Besoin de liquidités ? Un simple retrait, aucune pénalité.

Les taux diffèrent selon le livret, mais restent modestes. Un point d’étape :

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  • Livret A : ouvert à tous, taux à 0,75 %, plafond de 22 950 €
  • LDD : réservé aux majeurs, 0,75 %, plafond à 12 000 €
  • LEP : pour les revenus plus modestes, 1,25 %, plafond de 7 700 €
  • Livret Jeune : de 12 à 25 ans, 0,75 %, plafond plafonné à 1 600 €

Leur rendement est inférieur à la hausse des prix, mais ces supports restent défiscalisés. Pour placer quelques milliers d’euros, ils restent imbattables pour la flexibilité. Mieux vaut cela que de laisser les fonds inactifs sur un compte courant.

Les livrets non réglementés : la solution après les plafonds

Une fois les plafonds atteints sur les livrets réglementés, il reste la possibilité d’ouvrir des livrets non réglementés, proposés par chaque banque. Ces produits ressemblent à leurs cousins réglementés, versements et retraits libres, sécurité, mais avec des plafonds nettement plus élevés. La contrepartie : les intérêts sont imposés.

Le talon d’Achille ? Des taux souvent anémiques. Seuls quelques livrets, comme le Distingo, tirent leur épingle du jeu. Mais globalement, il s’agit davantage d’un coffre-fort que d’un moteur à rendement.

Nom du livret bancaire Taux de rendement Limiter le paiement Compte bancaire initial Associé obligatoire
Livret Distingo 0,80% Aucun 10€ Non
Livret Bonjour ! 0 à 9 999 € : 0,20 %
10 000 € : 0,40 %
50 000 € : 0,60 %
Aucun 10€ Oui
Livret Fortuneo 2 % pendant deux mois puis 0,20 % 10€ Non
Livret épargne 0,05 % 10€ Non
Compte sur Livret 0,05 % Aucun 10€ Oui
0,10 % Aucun 10€ Non
Livret d’épargne BForBank 0,10 % Aucun 10€ Non
Livret Orange Bank 0,50 % Aucun 50€ Oui
Tarifs à partir de septembre 2019

À noter : les taux évoluent régulièrement. Les banques en ligne proposent souvent des offres plus attractives que les acteurs traditionnels.

Le PEL : placer jusqu’à 61 200 €

Le Plan Épargne Logement (PEL) offre une alternative pour ceux qui souhaitent déposer une somme plus conséquente tout en conservant la garantie du capital. Le revers de la médaille : l’argent est bloqué au moins quatre ans. Retirer plus tôt reste possible, mais fait perdre certains avantages.

Le taux d’intérêt dépend de la date d’ouverture du PEL :

  • Ouvert entre août 2003 et janvier 2015 : 2,5 %
  • Ouvert entre février 2015 et janvier 2016 : 2 %
  • Ouvert entre février 2016 et juillet 2016 : 1,5 %
  • Ouvert depuis le 1er août 2016 : 1 %

La tendance est nette : les nouveaux PEL subissent la même érosion que les livrets. Pour ceux ouverts avant 2018 et âgés de moins de 12 ans, les intérêts échappent à l’impôt (hors prélèvements sociaux). Au-delà ou pour les nouveaux contrats, un prélèvement unique de 30 % s’applique.

Le PEL demande un peu de suivi, mais pour les épargnants ayant ouvert leur plan avant 2018, il conserve certains atouts qu’on aurait tort d’ignorer.

L’assurance vie en euros : stabilité et rendement

Dernière piste pour concilier sécurité et rendement : l’assurance vie en euros. Ici, pas question d’unités de compte, seules les formules à capital garanti entrent en ligne de compte. Certaines assurances vie en euros offrent des performances solides, à condition de bien choisir son contrat. Mieux vaut comparer les offres du marché plutôt que de s’en tenir à celle de sa banque habituelle.

Suravenir Offre rendement Eurossima
6,43 % 5,78 % 6,43 % 5,78 % Rendement cumulé plus de 3 ans

Attention, chaque contrat a ses spécificités. Si l’argent reste disponible à tout moment, il faut patienter huit ans pour profiter de la fiscalité la plus avantageuse sur les retraits. L’assurance vie en euros se prête donc mieux à un projet à moyen ou long terme.

Quel investissement privilégier pour une épargne sans risque ?

Livret réglementé, PEL, assurance vie… Les solutions existent, mais toutes n’offrent pas le même compromis. Les livrets non réglementés séduisent par leur plafond, mais déçoivent côté rendement. Le choix final dépend du profil, du montant à placer et surtout, des objectifs fixés, ou de l’absence d’objectif, justement.

Varier les produits reste pertinent : un livret pour l’argent disponible immédiatement, un PEL ou une assurance vie pour préparer l’avenir. Voici comment répartir intelligemment selon la situation :

  • Livret d’épargne : idéal pour des montants modestes (entre 1 000 et 10 000 €), accessibles à tout moment et défiscalisés
  • PEL : intéressant surtout pour les plans ouverts avant 2018 et non encore fiscalisés au-delà de 12 ans
  • Assurance vie : le choix de la performance sécurisée sur le long terme, pour des sommes plus conséquentes

Épargner sans objectif n’a rien d’anodin : c’est un choix qui dit beaucoup de notre rapport à l’argent. Entre attentes, inquiétudes et liberté, la vraie question reste : jusqu’où sommes-nous prêts à sacrifier la rentabilité pour dormir tranquille ?