Comment fonctionne la modulation des échéances d’un prêt immobilier

Un virement inattendu, une période de chômage, ou tout simplement l’envie d’accélérer le remboursement : ajuster les échéances de son prêt immobilier devient parfois une évidence. Mais derrière cette souplesse affichée par les banques, se cachent des lignes contractuelles à lire avec un œil averti. Les conditions de modularité, souvent reléguées aux petites lignes de l’offre de prêt, méritent qu’on s’y attarde. Modifier ses mensualités, c’est possible, à condition de connaître les règles du jeu.

Qu’est-ce que la clause de modularité pour le crédit immobilier ?

La plupart des contrats de crédit immobilier intègrent une clause de modularité, à laquelle peut s’ajouter, dans certains cas, la possibilité de suspendre le paiement quelques mois. Maël Bernier, Directrice de la Communication chez Meilleurtaux.com, explique que cette option contractuelle permet de faire face à bien des aléas de la vie : variation des ressources, naissance, période de chômage, ou dépenses imprévues. La modularité encadre généralement sa flexibilité dans une limite : la hausse des mensualités se situe souvent entre 10 % et 30 %. Du côté de la baisse, la diminution s’accompagne le plus souvent d’un allongement de la durée pouvant aller jusqu’à deux ans supplémentaires. Ces ajustements ne deviennent possibles qu’après 12 à 24 mois de remboursement selon les contrats. Sandrine Allonier, porte-parole de Vousfinancer.com, regrette que trop d’emprunteurs laissent cette carte de côté, alors qu’elle est gratuite et clairement détaillée dans l’offre de prêt. Se renseigner sur l’ensemble des options dès la souscription, c’est conserver un vrai levier le moment venu.

Crédits souscrits sur des durées toujours plus longues à des taux bas

Les taux des prêts immobiliers ont atteint des planchers rarement vus, parfois bien en dessous de 2 %. Cette tendance fait rallonger les durées d’endettement. Selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA, en février 2019, un taux moyen de 1,44 % a été observé, avec une durée moyenne qui grimpe à 230 mois. Inédit, à en croire les chiffres du secteur. Si les banques favorisent l’accès à la propriété malgré la flambée des prix et la baisse des aides, cette dynamique pousse les ménages à signer pour 20, 25, voire 30 ans. Pourtant, dans les faits, la plupart ne résident que sept ans dans leur bien. Mais nul n’est à l’abri d’un imprévu ou, au contraire, d’une rentrée d’argent bienvenue : le besoin de faire évoluer les mensualités peut surgir sans crier gare. À noter : une modification de l’échéancier se fait rarement du jour au lendemain, elle obéit au calendrier anniversaire prévu au contrat, préavis inclus.

Exemple concret : moduler à la baisse une mensualité

Pour comprendre concrètement l’impact d’une telle option, prenons la situation d’un prêt de 200 000 euros sur 20 ans à 1,5 %, signé en mars 2019 (hors assurance emprunteur).

Caractéristiques du crédit immobilier avant modulation

  • Paiement mensuel de 965 euros
  • Total des intérêts sur 20 ans : 31 622 euros

Après cinq ans de remboursement, une baisse de revenus survient. Il reste alors 15 ans à payer, et la possibilité, via la clause de modularité, de rallonger le crédit de deux ans maximum.

Nouveau paiement mensuel avec prolongation de la durée

  • Mensualité ajustée à 864 euros sur 17 ans, soit 100 euros de moins chaque mois
  • Coût total du crédit : 34 140 euros, soit 2 518 euros d’intérêts en plus sur toute la durée

Exemple concret : augmenter ses mensualités

Cette modulation ne va pas que dans un sens. En cas de promotion ou d’augmentation de revenus, majorer ses mensualités a aussi des vertus. Voilà comment cela peut s’appliquer.

Caractéristiques du prêt immobilier avant la modulation

Admettons un prêt de 131 000 euros sur 25 ans à 2 %, souscrit en 2016 (hors assurance emprunteur) :

  • Mensualité : 555,25 euros
  • Coût total du crédit : 35 574,76 euros sur 25 ans

Réduction du coût total du prêt

En augmentant la mensualité de 100 euros, la durée du crédit fond de quatre ans. L’addition finale aussi : près de 5 000 euros d’intérêts économisés. Sandrine Allonier le souligne : « En période de taux bas, utiliser la modularité est d’autant plus pertinent, car le coût du crédit reste modéré. »

Un choix à adapter à son parcours

Réfléchir à la modularité a tout son sens si le projet est de rester dans sa maison ou son appartement. Si une revente se profile rapidement, il peut être judicieux de conserver la marge de manœuvre mensuelle, ou de placer cette somme ailleurs. Ajuster ses remboursements, c’est ouvrir la porte à davantage d’options, mais c’est aussi choisir la stratégie qui épouse réellement son mode de vie. La trajectoire d’un crédit, comme celle de la vie, a rarement la rectitude d’une ligne droite, un détail peut parfois tout faire basculer. Nul ne sait vraiment ce que l’avenir peut réserver.