Quand survient le jour des quatre sorcières en bourse

Les sœurs fatidiques, main dans la main,, messagers de la terre et de la mer,, faites le tour., Trois tours pour vous, et trois pour moi,, et trois autres, pour faire nouveau., Paix !… Le charme est dans le cercle.
Macbeth, Acte I, Scène 3 ; Shakespeare

Vous m’avez souvent entendu parler de la session « Trois Sorcières » (ou pire, celle des Quatre Sorcières ! ». Peut-être que ce phénomène boursier est aussi obscur pour vous que la prophétie faite à Macbeth… mais il désigne, dans notre univers boursier, un phénomène très réel qui plonge les opérateurs dans des deuxièmes états à chaque fois.

Donc, sans tomber dans le pot, plongeons dans les grimoires des marchés pour comprendre ce que les sessions de ces Trois ou Quatre Sorcières préfigurent pour vos investissements.

Qu’ est-ce que la session des quatre sorcières ?

On parle de « jour des quatre sorcières » quand plusieurs produits dérivés atteignent leur échéance au même moment : contrats à terme, options sur indices, options sur actions, et certains dérivés sur taux d’intérêt. Dans l’univers des marchés, c’est un rendez-vous redouté, où l’agitation monte d’un cran.

Les produits dérivés comme les contrats à terme ou les options sont soumis à une date limite, celle de leur expiration. Habituellement, cette échéance tombe le troisième vendredi de chaque mois, d’où le nom de session « Trois Sorcières ». Mais lors des fins de trimestre (mars, juin, septembre, décembre), la session gagne en ampleur : c’est la fameuse session des quatre sorcières, qui voit le dénouement simultané de ces produits. Ce moment cristallise les ajustements massifs de positions des opérateurs, avec des effets bien réels sur les marchés.

Prenons un exemple concret : le CAC Futures, le fameux CTF.

Pour saisir l’enjeu, rien ne vaut un détour par le marché du CAC40 et ses contrats à terme FCE. Ces contrats existent sous plusieurs maturités. Sur les plateformes, on repère des lignes nommées « CAC FCE OnlyXX », où « XX » indique le mois d’échéance. Par exemple, le contrat d’avril s’appelle CAC FCE Only0416, celui de mai CAC FCE Only0516, et ainsi de suite. Tous ces produits sont rassemblés au sein de la famille « FCE Full Future du CAC ».

À l’approche de l’échéance, les détenteurs de contrats doivent gérer leurs positions : soit les solder, soit les prolonger sur la prochaine maturité. Cette opération, appelée « roulement » ou « roll-over », est le théâtre de nombreux arbitrages.

Le cœur du sujet, c’est ce fameux passage d’un mois à l’autre. Imaginez une balance à deux plateaux : à gauche, le compartiment des contrats de mars (FCE CAC40 Only0316), à droite, celui d’avril (FCE Only04). Les opérateurs, selon leur exposition, pèsent plus ou moins lourd sur chaque plateau. Ils peuvent être à l’achat ou à la vente, mais l’ensemble représente un poids considérable.

À chaque échéance, tout ce petit monde doit transférer ses positions. Le 18 mars, par exemple, tout bascule du segment mars vers celui d’avril. Ce mouvement massif génère logiquement de la volatilité : le marché bouge, parfois violemment, sous l’effet de ces ajustements collectifs.

Deux grands scénarios se présentent lors du roulement :

  • Certains intervenants souhaitent simplement conserver leur exposition. Ils passent mécaniquement de l’échéance du mois en cours à la suivante, sans modifier la taille ni le sens de leur position. Dans ce cas, l’impact sur les prix reste limité.
  • D’autres profitent de ce moment pour changer de cap. Ils renforcent ou réduisent leur engagement, acheteurs ou vendeurs confondus. C’est là que le déséquilibre apparaît : la balance penche soudainement d’un côté, et les cours peuvent partir dans tous les sens.

Mais pourquoi tant d’attentisme jusqu’à l’ultime moment ? Simple : la valeur des options et autres dérivés dépend du temps restant jusqu’à l’échéance. Les acteurs de poids, ceux qui manipulent d’énormes volumes, et qui, à eux seuls, détiennent plus de 80% des positions mondiales, ont tout intérêt à attendre, afin de maximiser leur avantage ou de contrôler le niveau de l’indice sous-jacent.

Les stratégies déployées sont multiples. Parfois, ces grands intervenants cherchent à figer le marché dans un étau, réduisant la volatilité à peau de chagrin. D’autres fois, ils laissent la pression du temps faire son œuvre ou provoquent des mouvements brusques pour défendre ou attaquer un prix d’exercice donné. Au final, tout est affaire de calculs et d’objectifs cachés.

Attention à la volatilité de ces sessions

Ces journées ne sont pas des rendez-vous anodins. Lorsque les positions sont transférées d’une maturité à l’autre, le marché peut devenir imprévisible. Les plus puissants tirent les ficelles, et la volatilité peut surgir sans prévenir, parfois en quelques minutes à peine.

Il faut aussi surveiller la période qui précède et celle qui suit ces fameuses sessions. Tous les opérateurs ne patientent pas jusqu’à la dernière minute pour agir : certains anticipent, d’autres rattrapent leur retard. Résultat, les signaux du marché deviennent difficiles à interpréter. Si, lors de ces séances, la tendance semble soudainement s’inverser, prudence : cela peut révéler un bouleversement dans les stratégies des gros porteurs.

L’instabilité ne se limite d’ailleurs pas à ces seuls jours. Comme le rappelle Philippe Béchade dans sa dernière vidéo, même le dernier mois de l’année réserve parfois des surprises de taille. Les marchés n’aiment pas les certitudes, surtout quand les « sorcières » s’invitent dans la danse. Qui saura anticiper le prochain sort jeté sur les indices ?