Fama and french : guide méthodologique complet pour vos mémoires de recherche

Quand on lance une régression Fama-French sur un portefeuille pour un mémoire de finance, le premier réflexe est de regarder les coefficients et leur significativité. Le modèle Fama-French semble alors livrer des réponses nettes : telle exposition au facteur value, telle sensibilité au facteur taille. La difficulté commence quand on réalise qu’un coefficient positif sur HML ne garantit pas que le portefeuille détienne réellement des titres value.

Exposition factorielle ou caractéristiques mécaniques des titres : le piège central

Prenons un cas concret. On constitue un portefeuille de titres à faible capitalisation pour un mémoire, puis on régresse ses rendements sur les facteurs SMB, HML et RMW. Le coefficient SMB ressort significatif. La tentation est de conclure à une prime de taille captée par le portefeuille.

Le problème : ce coefficient peut simplement refléter la composition mécanique du portefeuille. Si tous les titres sont des small caps, l’exposition à SMB est tautologique. Un coefficient significatif ne prouve pas qu’une prime factorielle existe, il peut juste confirmer que le portefeuille contient ce qu’on y a mis.

Pour distinguer une véritable prime d’une exposition mécanique, on vérifie les holdings réels du portefeuille. Les chercheurs et praticiens accordent aujourd’hui plus d’importance à l’analyse des compositions effectives qu’à la seule régression factorielle, notamment pour juger si l’exposition value, profitability ou size est authentiquement présente dans un fonds ou un ETF.

Dans un mémoire, cela implique de documenter la liste des titres, leurs caractéristiques comptables (book-to-market, operating profitability) et de montrer que la régression ne fait pas que refléter un biais de sélection.

Chercheuse présentant une analyse factorielle du modèle Fama-French sur écran dans un bureau universitaire moderne

Robustesse des facteurs Fama-French : tests à intégrer dans un mémoire

Un mémoire de recherche en finance qui se limite à présenter les résultats d’une seule régression sur une seule période manque de rigueur. La robustesse se teste sur plusieurs axes.

Stabilité temporelle des coefficients

On découpe l’échantillon en sous-périodes (par exemple avant et après une crise) et on relance les régressions. Si le coefficient HML passe de positif et significatif à non significatif, la prime value identifiée n’est peut-être qu’un artefact d’une période particulière.

Tests hors échantillon

La stabilité hors échantillon est le vrai test de la prime factorielle. On estime le modèle sur une fenêtre, puis on évalue sa capacité prédictive sur la période suivante. Un alpha qui disparaît hors échantillon signale un surapprentissage, pas une anomalie de marché exploitable.

Vérifications complémentaires

  • Tester avec le modèle à trois facteurs, puis à cinq facteurs, pour voir si l’ajout de RMW et CMA modifie les conclusions sur les primes initiales
  • Comparer les résultats en utilisant les facteurs construits sur le marché étudié (France, Europe) plutôt que les facteurs américains de Kenneth French, qui ne capturent pas les mêmes dynamiques locales
  • Vérifier la sensibilité aux seuils de tri : changer les points de rupture (médiane, terciles, quintiles) pour la construction des portefeuilles et observer si les primes persistent

Ces tests allongent la partie empirique du mémoire, mais ils transforment une analyse descriptive en véritable démarche de recherche.

Construction des portefeuilles factoriels : erreurs fréquentes dans les mémoires

La plupart des erreurs méthodologiques dans les mémoires Fama-French ne viennent pas de la régression elle-même. Elles se situent en amont, dans la construction des portefeuilles.

Le choix de la base de données conditionne tout le résultat. Utiliser des données Bloomberg, Refinitiv ou les fichiers libres de Kenneth French ne produit pas les mêmes univers de titres. Dans un mémoire, il faut documenter la source, les filtres appliqués (exclusion des financières, seuil de liquidité) et justifier chaque choix.

Autre erreur courante : le look-ahead bias. Quand on trie les titres par book-to-market en juin, on utilise les données comptables de l’exercice clos en décembre précédent, avec un décalage de six mois. Si on utilise des données comptables non encore publiées à la date de tri, les résultats sont biaisés. Ce point technique est souvent négligé, alors qu’il invalide toute l’analyse factorielle.

Le survivorship bias pose un problème similaire. Un échantillon qui ne contient que les titres encore cotés à la date de l’étude surestime les rendements et fausse les primes estimées.

Deux doctorants discutant de la méthodologie Fama-French autour d'un chapitre imprimé dans un café universitaire

Modèle Fama-French appliqué aux cryptoactifs : un terrain d’extension récent

Le modèle ne se limite plus aux actions classiques. Des travaux récents l’utilisent explicitement sur des échantillons de cryptoactifs pour évaluer si les primes de facteurs (taille, value, profitability) s’y étendent.

Pour un mémoire, c’est un angle différenciant, mais il demande des précautions supplémentaires. Les caractéristiques comptables (book-to-market, résultat opérationnel) n’existent pas pour la plupart des crypto-tokens. Adapter les facteurs Fama-French aux cryptoactifs oblige à redéfinir les variables de tri, par exemple en utilisant la capitalisation de marché et des proxys de « valeur fondamentale » comme le ratio network value to transactions.

Les retours varient sur la pertinence de cette transposition : certains travaux trouvent des primes significatives, d’autres concluent à l’absence de structure factorielle comparable aux marchés actions. Un mémoire qui explore cette voie doit le faire en documentant ces limites.

Structurer la partie méthodologie du mémoire Fama-French

La partie méthodologie d’un mémoire mobilisant le modèle Fama-French doit suivre une logique précise pour convaincre un jury de la rigueur de l’analyse.

  • Présenter d’abord l’univers d’investissement : marché couvert, période, nombre de titres, source des données, filtres appliqués
  • Décrire la procédure de construction des portefeuilles : variables de tri, fréquence de reconstitution, traitement du décalage comptable
  • Détailler le modèle estimé (trois ou cinq facteurs), la méthode d’estimation (MCO, Fama-MacBeth), et les tests de robustesse retenus
  • Inclure une sous-section sur les biais potentiels (survivorship, look-ahead, data snooping) et les mesures prises pour les atténuer

Ce séquençage permet au lecteur de reproduire l’étude, ce qui reste le critère fondamental d’un travail de recherche en finance.

Un mémoire Fama-French solide ne se distingue pas par la complexité du modèle utilisé, mais par la rigueur avec laquelle on questionne ses propres résultats. Documenter chaque choix méthodologique et tester la stabilité des conclusions transforme un exercice académique en contribution réelle au champ de la recherche en gestion de portefeuille.