Quel impact pour la réforme fiscal de Trump ?

de Christophe Blot

Alors que l’élan de croissance s’est affaibli dans certains pays — l’Allemagne, la France et le Japon en particulier — le PIB aux États-Unis continue de croître à un rythme rapide. Le mouvement pourrait même s’intensifier tout au long de l’année avec la mise en œuvre d’une politique budgétaire très expansionniste. Pour 2018 et 2019, la relance budgétaire votée par l’administration Trump en décembre 2017 — pour les recettes — et en février 2018 — pour les dépenses — s’élèverait à 2,9 points du PIB. Une telle impulsion serait proche de celle mise en œuvre par Obama pour 2008. Cependant, ce choix se situe dans un contexte très différent, puisque le taux de chômage aux États-Unis est tombé en dessous de 4 % en avril 2018, alors qu’il était en forte accélération il y a 10 ans, atteignant un sommet de 9,9 % en 2009. L’économie américaine bénéficierait de ce stimulus, mais au prix de l’accumulation d’une dette supplémentaire.

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Donald Trump avait fait du choc fiscal l’un des éléments centraux de sa campagne présidentielle. Ce projet a été lancé au début de son mandat et a pris forme en décembre 2017 avec l’adoption d’une importante réforme fiscale (loi sur les réductions fiscales et l’emploi), qui comprenait une réduction de l’impôt sur le revenu des ménages — notamment en abaissant le taux d’imposition maximal marginal — et de l’impôt sur les sociétés de 21 % à 9 % à partir de 2018. À ce premier stimulant s’ajoute une augmentation des dépenses à la suite de l’accord conclu avec les Démocrates en février 2018, qui devrait entraîner une augmentation des dépenses fédérales de 320 milliards de dollars (1,7 point de PIB) sur deux ans. Ces choix stimuleront la demande intérieure en améliorant le revenu disponible des ménages et la rentabilité des entreprises, ce qui stimulerait la consommation et l’investissement. Toutefois, l’effet multiplicateur — mesurant l’impact sur le PIB d’une augmentation de 1$ des dépenses publiques ou d’une baisse de 1$ des impôts — serait relativement faible (0,5) en raison de la situation cyclique des États-Unis.

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D’ autre part, le déficit public se creuserait fortement et atteindre un niveau historiquement élevé en dehors des périodes de crise ou de guerre (graphique). Il s’établirait à 5,8 % du PIB en 2018 et 7,0 % en 2019, tandis que l’écart de croissance deviendrait positif. Si le risque de surchauffe semble limité à court terme, la stratégie budgétaire mise en place pourrait conduire la Réserve fédérale à resserrer plus rapidement sa politique monétaire. Toutefois, une hausse excessive des taux d’intérêt dans un contexte d’endettement public élevé aurait un effet boule de neige. Surtout, en choisissant de relancer dans un contexte, le gouvernement risque d’être contraint de procéder à des ajustements plus tard lorsque la situation économique se détériore. Cette approche procyclique de la politique budgétaire risque d’amplifier le cycle en accélérant la croissance aujourd’hui, mais en prenant le risque d’un nouveau ralentissement. Avec un déficit de 7 % en 2019, la marge de manœuvre en matière de politique budgétaire diminuera.

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Consultez la section « Politiques budgétaires : Accélération sans crise » de nos prévisions d’avril 2017 pour en savoir plus détails.

Voir ici pour plus de détails.

L’ écart de croissance exprime — en pourcentage du PIB potentiel — la différence entre le PIB observé et le PIB potentiel. Il convient de rappeler que le PIB potentiel n’est pas observé mais estimé. La méthode de calcul utilisée par le CBO (bureau du budget du Congrès) est expliquée ici.