samedi 7 février 2009

Le centre d'interprétation du Roc-aux-Sorciers

Hier vendredi, nous avions droit à une visite privée du centre d'interprétation de la frise magdalénienne du Roc-aux-Sorciers, site préhistorique unique en son genre et pourtant encore assez méconnu du petit village de l'Angles-sur-l'Anglin, à quelques kilomètres de Chauvigny, à l'Est de Poitiers. Ce patrimoine sculpté, gravé et peint, vieux de 15 000 ans, fut découvert en 1950 par Suzanne Cassou de Saint-Mathurin, qui fit l'acquisition foncière des parcelles et en fit don à l'État à sa mort en 1991.

La frise est restée inaccessible au public depuis 1950 pour des raisons de conservation. Souvent appelée le "Lascaux de la sculpture", il ne s'agit pourtant pas d'une grotte mais d'un abri sous roche, situé au bord de la rivière l'Anglin, qui tire son nom d'une légende locale selon laquelle des sorciers se réunissaient en ce lieu...

Depuis l'ouverture du centre d'interprétation, en mars 2008, les visiteurs sont venus nombreux découvrir la reconstitution de la frise sculptée (Plus de 19000 visites, un record pour la région, allant bien à l'encontre des prévisions !) Au travers d'une scénographie pédagogique proposant un spectacle contemporain "son et lumières" multimédia, c'est une immersion au cœur de la vie des hommes de l'époque magdalénienne qui est proposée, après un parcours extérieur permettant au visiteur de remonter le temps.
spectacle multimédia
Des ombres apparaissent au gré des chuchotements de voix contemporaines et le dispositif est conçu avant tout pour toucher la sensibilité des visiteurs et lui permettre d'appréhender l'œuvre de façon très personnelle (ce qui fait "qu'on aime ou pas", selon notre personnalité et selon l'état d'esprit dans lequel on se trouve au moment de la visite!). Techniquement, cette installation a pu être réalisée à partir du relevé au scanner laser 3D de la paroi sculptée originale, à partir duquel on a pu réaliser un moulage à l'échelle 1.

Sont projetés sur cette reconstitution plusieurs images et animations à l'aide de 8 vidéoprojecteurs, notamment la photographie de la paroi avec ses couleurs "naturelles", le calcaire de la roche étant en effet doté de teintes ocres à rouges.

La frise, dont a seulement été étudiée une portion de 20m, est célèbre pour ses représentations animales et humaines, avec notamment trois remarquables figures féminines.

Après l'expérience sensorielle du dispositif multimédia, le visiteur est invité à découvrir la reconstitution extérieure en résine de la frise, qu'il peut toucher pour en appréhender le relief.

Les médiateurs jouent ici un rôle important et proposent une interprétation du sens que l'on peut attribuer à ces sculptures pariétales d'une autre époque, au même titre qu'une explication des différentes techniques probablement utilisées par les hommes magdaléniens pour les réaliser.

En bref, j'ai beaucoup apprécié cette visite, et la restitution multimédia est à on sens une réussite, même si on peut toujours améliorer le discours et la technique... L'équipe du centre d'interprétation, portée par un jeune directeur dynamique et généreux, Oscar Fuentes, est avant tout ce qui fait la richesse du site. On leur souhaite de belles années de partage !

Ne disposant que de clichés réalisés à l'aide de mon téléphone portable, je vous invite à visionner cette vidéo pour avoir un aperçu du dispositif multimédia...et vous encourage vivement à visiter le centre!

4 réaction(s) dans le commentoscope:

  1. Des questions se posent tout de même... On a un peu l'impression qu'ils sont partis de l'outil numérique pour faire leur projet et non l'inverse, c'est à dire un vrai projet de médiation et ensuite on trouve les outils qui correspondent... Aucune question ne semble s'être posée pour faire évoluer cet outil dans l'avenir...
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  2. Mh, je n'ai pas eu ce ressenti là, mais peut-être qu'il y a de ça, je sais pas. De mon point de vue je trouve qu'il y a un réel parti-pris de mettre en avant la "fonction artistique" de cette frise, quand bien même elle ne devait pas avoir cette même fonction pour ses créateurs. D'où la projection son et lumières sur le moulage, qui à mon sens pourra justement être réadaptée selon l'époque. On nous met face à notre vision contemporaine, comme devant un tableau. Que dire de plus alors qu'on ignore ce qu'on faisait exactement à cet endroit, et qu'aujourd'hui on ne peut que contempler ce qui est jugé comme une œuvre d'art? J'ai en tout cas vraiment l'impression que le discours des médiateurs est présent durant toute la visite et qu'on prépare bien le visiteur à ce qu'il va voir et pourquoi. Mais il est sûr que l'on ne voit que ce que l'on veut voir!
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  3. Il est évident que la présence d'un guide pour faire de la médiation est indispensable. Sans lui, tu passes totalement à côté du message souhaité.

    Je reste d'avis qu'aujourd'hui, beaucoup de projets sont réalisés sans une vision globale des choses et sans une réelle recherche d'identité du message et de la structure (ex : le Centre Culturel Européen de Saint Jean d'Angély ou l'abbaye de Fontevraud même...)
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  4. Oui mais notre génération va tout changer ;-p
    Je n'ai pas encore été à Saint Jean d'Angély ni à Fontevraud :( j'espère voir ça bientôt (Des inconvénients de ne pas avoir de voiture..)
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